Du grec ergon (travail) et nomos (la loi), l’ergonomie analyse de près l’activité humaine, et surtout le travail, dans toutes ses dimensions. Elle ne se contente pas d’une définition figée : la discipline évolue, portée par l’histoire des conditions de travail, la transformation des outils et l’essor des connaissances scientifiques. L’ergonomie navigue entre plusieurs disciplines, incarnant un terrain où la technique, la psychologie et les sciences cognitives s’entremêlent au service d’une ambition : améliorer la vie des personnes et renforcer la performance collective.
L’ergonome agit comme un passeur entre bien-être humain et performance des organisations, sans jamais se limiter à un seul secteur.
Une définition, mais des visages multiples
Comment la notion d’ergonomie s’est façonnée
Bonnardel, dès 1943, posait les bases : « L’adaptation de l’homme à son métier ». Faverge, Leplat et Guiguet inversent la perspective en 1958 : « L’adaptation de la machine à l’homme ». Un tournant. En 1969, la SELF (Société d’Ergonomie de Langue Française) élargit encore le spectre : « L’ergonomie est l’étude scientifique de la relation entre l’homme et ses moyens, ses méthodes et ses environnements de travail ». On vise à rendre les moyens technologiques, les environnements de travail et de vie plus adaptés à l’humain.
En 2000, l’IEA (International Ergonomics Association) retient cette formulation : l’ergonomie vise à comprendre les interactions entre humains et systèmes, et mobilise connaissances et méthodes pour optimiser bien-être et performance. L’ergonome intervient à chaque étape de l’organisation : tâches, emplois, produits, environnements, systèmes, rien n’est laissé au hasard.
Des fondations communes, des approches variées
Derrière ces définitions, un socle partagé, mais des sensibilités qui divergent. L’ergonomie puise dans une approche scientifique : son champ d’étude, c’est l’activité professionnelle, sous trois angles :
Voici les grandes dimensions explorées :
- La dimension physique : postures, troubles musculo-squelettiques, fatigue, TMS…
- L’organisation du travail : gestion des ressources, prévention des risques, organisation des tâches…
- Les processus mentaux ou cognitifs : mémoire, perception, prise de décision, attention…
Le but : rendre les conditions de travail plus favorables, ajuster l’usage des outils, des interfaces, des machines. Trois mots clés : efficacité, santé, sécurité. Les sciences médicales, psychologiques, sociologiques servent de boussoles à l’ergonome, qui jongle aussi bien avec l’analyse du geste que celle du raisonnement. Ce sont les trois axes classiques :
- Ergonomie physique
- Ergonomie organisationnelle
- Ergonomie cognitive
Deux grands courants se sont imposés :
- La tendance « facteur humain » : d’inspiration anglo-saxonne, elle s’attache à établir des normes générales (postures, environnements…) et privilégie une approche standardisée.
- La tendance « activité » : plus présente en Europe continentale, elle s’intéresse à l’observation fine des situations de travail, distinguant ce qui est prescrit de ce qui est réellement vécu sur le terrain.
Survol historique
Le terme « ergonomie » vient d’une racine grecque signifiant « travail » (ergon) et de « nomos » (règle, connaissance). Dès l’Antiquité, la question du travail hante les penseurs, mais la discipline s’est cristallisée bien plus tard.
Au XIXe siècle, Ernst Haeckel parle d’« ergologie », étudiant le travail du vivant. En 1857, Wojciech Jastrzębowski forge le mot « ergonomie », qu’il définit comme la science du travail : distinguer ce qui élève l’activité humaine de ce qui l’épuise. À cette époque, l’analyse du travail reste surtout physique. Le virage se prend après 1940.
En 1949, H. Murrel, ingénieur et psychologue britannique, fonde la Ergonomics Research Society et consacre ainsi le terme dans la sphère scientifique. Un nouveau champ s’ouvre, qui ne cessera de s’enrichir.
Les contextes qui ont fait éclore l’ergonomie
Plusieurs événements ont façonné la discipline :
- Les conflits mondiaux et la guerre froide
- L’essor des sciences cognitives et la recherche sur le traitement de l’information
- L’engagement syndical et l’immersion sur le terrain
- Les bouleversements technologiques, la montée en complexité des systèmes
- Les limites du cerveau humain face à l’explosion des données
- La structuration d’institutions dédiées à l’ergonomie
La série de vidéos « Histoire(s) de l’ergonomie » retrace cette évolution, montrant comment l’ergonomie s’est imposée comme discipline interdisciplinaire. Témoignages à l’appui, on y comprend le lien précoce entre ergonomie et efficacité au travail.
Des concepts à la méthode : la pratique ergonomique
L’ergonomie francophone, portée par Alain Wisner et Jacques Leplat, a tôt remis en cause l’idée qu’une solution puisse convenir partout. L’accent s’est déplacé vers l’observation : chaque situation mérite une analyse spécifique, même si des méthodes universelles existent.
Ce positionnement a permis d’inventer de nouveaux outils d’analyse. On distingue par exemple :
- Analyse du travail vs analyse de l’activité
- Tâche (objectif à atteindre) et activité (ce que l’individu fait concrètement, selon son expérience et son apprentissage)
- Tâche prescrite (ce qu’on attend) et tâche réelle (ce qui est fait)
- Activités symboliques (faciles à décrire) et sous-symboliques (informations non conscientes traitées par le cerveau)
- Modèle du concepteur, modèle de l’utilisateur, modèle économique
Outils utilisés : questionnaires, analyses quantitatives/qualitatives, suivi oculaire. Selon le contexte, l’ergonome adapte sa boîte à outils pour formuler des recommandations ajustées à la réalité du terrain.
Un métier en mouvement
L’ergonome oscille entre chercheur et praticien. Pour Jacques Leplat, « l’ergonomie, c’est l’action ». Sa mission : transformer les situations, armé d’outils théoriques et psychologiques.
Voici les compétences clés mobilisées :
- Savoir technique : analyser les situations sous tous les angles (physique, physiologique, cognitif)
- Compétences organisationnelles : comprendre les structures, les méthodes de gestion
- Savoir-être social : négocier, collaborer, écouter les acteurs du projet
- Expertise indépendante : mobiliser des connaissances pointues pour résoudre des problèmes concrets
L’intervention ergonomique ne se limite pas à un audit : elle lance un mouvement. L’ergonome analyse, propose, accompagne la transformation. Bien souvent, l’impact de son action se mesure sur la durée, parfois bien au-delà du temps officiel de la mission.
Dans tous les cas, intervenir en ergonomie, c’est transformer une situation, du poste de travail à l’interface numérique, avec une attention constante à la réalité vécue et à la recherche de solutions.
Les champs d’application se multiplient
L’ergonomie a d’abord émergé là où l’erreur humaine provoquait des accidents, notamment dans l’industrie lourde et l’aéronautique. Avec la montée de l’informatique dans les années 1970-1980, la dimension cognitive a pris le dessus : l’ergonomie ne s’intéresse plus seulement au corps, mais aussi à l’esprit.
Voici quelques-uns des terrains d’intervention aujourd’hui :
- Ergonomie des documents de procédure : rédiger des consignes claires et utilisables
- Ergonomie scolaire : rythmes, environnement, chrono-ergonomie
- Relation de service : analyser les interactions, par exemple dans les centres d’appels
- Gestion des environnements dynamiques : traiter des situations évolutives, même sans intervention humaine directe
- Ergonomie informatique : web, aides techniques pour le handicap, jeux vidéo…
- … et bien d’autres encore
Cette diversité montre la capacité de l’ergonomie à s’adapter, à intégrer de nouveaux défis, à croiser les disciplines pour répondre à des enjeux inédits.
La structuration d’une profession
La reconnaissance de l’ergonomie s’est construite pas à pas, à travers la création d’organismes et de sociétés professionnelles :
- Société de recherche ergonomique britannique (Murrel, 1949)
- International Ergonomics Association (IEA, 1959)
- Société française d’ergonomie (SELF, 1963)
- Premier comité de normalisation à l’ISO (1974)
- Groupes de recherche et réseaux de jeunes ergonomes (GRAPE, CE2, JJCE, ARPEGE…)
Un syndicat existe également (SNCE), et le titre d’« Ergonome européen » est délivré par le CREE, un gage de qualité au niveau européen.
Diffusion et internationalisation
L’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, puis le Japon ont été parmi les premiers à rejoindre l’IEA. Les congrès et échanges internationaux ont permis à l’ergonomie de s’implanter dans des contextes très variés, chaque pays développant ses propres spécificités.
La diffusion varie selon les traditions :
- Rencontres entre chercheurs issus de formations multiples (industrie, médecine, psychologie…)
- Relations avec des organisations internationales (OMS…)
- Évolutions réglementaires et prise de conscience des risques professionnels
Dans certains pays, l’ergonome est avant tout un acteur de la santé au travail ; ailleurs, comme en France, la cognition prend le dessus. Ailleurs encore, le courant « facteur humain » prédomine. La discipline s’est toujours construite dans un dialogue entre recherche et terrain, s’adaptant aux préoccupations locales.
Quels horizons pour l’ergonomie ?
Les crises économiques ont déplacé le centre de gravité : la question de l’emploi prend parfois le pas sur celle des conditions de travail. La pression de la productivité et la quête de performances génèrent de nouveaux défis, notamment en matière de santé mentale et d’épuisement professionnel.
L’ergonomie du produit et l’analyse des usages prennent de l’ampleur. Désormais, les tâches professionnelles peuvent s’effectuer à domicile, sur des outils personnels : la frontière entre privé et professionnel s’estompe, ouvrant de nouveaux terrains d’analyse.
Le confort et la dimension émotionnelle gagnent du terrain dans la réflexion ergonomique. L’ergonomie cognitive, qui traitait surtout du traitement de l’information, s’intéresse désormais aux émotions et à l’expérience utilisateur. L’avenir du métier : anticiper les besoins, concevoir des modèles prédictifs, placer l’éthique au cœur de la conception.
L’ouvrage « Ergonomie prospective : fondements et défis » d’Éric Brangier et Jean-Marc Robert détaille cette mutation :
Comparaison entre ergonomie corrective, de conception et prospective selon Robert & Brangier (2009).
Souvent, l’innovation technologique précède les usages. L’ergonome, dans ce contexte, devient un véritable chef d’orchestre de la conception, impliqué bien en amont pour imaginer des solutions futures et veiller à leur adéquation avec les attentes humaines.
Objectifs de l’ergonomie
La discipline s’attache à l’humain au travail, oscillant entre recherche fondamentale et intervention sur le terrain. Les objectifs visés :
- Assurer la cohérence entre l’outil (machine, interface…) et l’activité réelle de l’utilisateur, y compris en situation de handicap
- Résoudre les dysfonctionnements qui freinent la réalisation des tâches
- Analyser la réalité du travail pour proposer des pistes d’amélioration
- Adapter les contextes, les outils, les espaces aux travailleurs
- Répondre aux besoins des organisations (espaces, productivité, etc.)
- Anticiper les usages et attentes à venir (ergonomie prospective)
Quelle que soit la situation, la démarche ergonomique repose sur l’observation et l’action : diagnostiquer pour mieux transformer.
Trois grands domaines d’application
En pratique, trois axes structurent l’intervention ergonomique :
- Ergonomie physique : prévenir les troubles musculo-squelettiques, analyser les postures, limiter la fatigue liée aux gestes répétitifs. L’objectif : adapter les outils et les postes à la morphologie et à la physiologie des utilisateurs.
- Ergonomie organisationnelle : optimiser l’organisation du travail, prévenir les situations à risque, faciliter la coopération et la culture d’entreprise.
- Ergonomie cognitive : comprendre les mécanismes mentaux (mémoire, perception, raisonnement) pour adapter les interfaces et outils à l’activité intellectuelle réelle.
Les ergonomes interviennent dans des contextes variés :
- Prévention des maladies professionnelles et de la pénibilité
- Amélioration des conditions de travail en entreprise
- Conception d’outils numériques, de logiciels, d’applications…
Chaque intervention dépend du contexte, mais l’observation des comportements réels reste le socle du diagnostic. La collaboration est la règle : l’ergonome travaille avec les équipes, les managers, les concepteurs pour façonner des solutions pérennes.
Ergonomie cognitive
Illustration : David Plunkert
Dès les années 1980, l’essor des interactions homme-machine (IHM) propulse l’ergonomie cognitive. Cette spécialité s’intéresse à la relation entre opérateur et interface, en intégrant les processus de traitement de l’information, d’apprentissage, de mémorisation, mais aussi l’ensemble des gestes associés : toucher un écran, donner une commande vocale, cliquer à la souris.
L’objectif : concevoir des systèmes qui respectent le fonctionnement cognitif de l’utilisateur, qu’il s’agisse de travail ou d’usages quotidiens. Le concept de charge mentale, ou surcharge cognitive, est issu de cette réflexion : au-delà d’un certain seuil d’informations, le cerveau sature. Même si la théorie est débattue, elle a orienté la conception des interfaces.
- Lisez à ce sujet : Quelle est la loi de Miller ?
- Lisez aussi : La charge de travail mentale : un concept qui reste indispensable, l’exemple de l’aéronautique
L’ergonomie informatique, qui englobe web et logiciels, relève de cette branche. Elle vise à rendre les interfaces aussi intuitives et efficaces que possible.
Ergonomie Web
Illustration : David Plunkert
L’ergonomie du Web s’attache à optimiser le dialogue entre le site et ses utilisateurs : visiteurs, administrateurs, contributeurs.
Pour être ergonomique, un site web doit répondre à deux exigences fondamentales :
- Utilité : permettre à l’utilisateur d’atteindre son but, de façon cohérente avec ses attentes.
- Facilité d’utilisation : garantir une prise en main rapide, sans erreur, dans un environnement satisfaisant.
La norme ISO 9241 (usability) retient trois critères :
- Efficacité
- Efficience
- Satisfaction
L’utilisateur doit pouvoir réaliser les tâches voulues simplement, sans apprentissage laborieux, et en retirant un sentiment positif. L’enjeu est humain, mais aussi économique : un site bien conçu fidélise ses visiteurs.
Quelques principes structurants guident la conception des interfaces :
- Clarté de la page d’accueil sur les informations recherchées
- Lisibilité des textes (polices, mise en forme, structuration)
- Navigation fluide grâce à un menu accessible et une arborescence simple
- Optimisation des images et de la vitesse d’affichage
- Compatibilité multi-supports (responsive design)
- Usage pertinent des liens hypertextes
- Attention particulière à la conception des formulaires
Le profil de l’utilisateur (attentes, modèle mental, niveau de familiarité numérique) doit être pris en compte très tôt, idéalement dès la conception du site.
Critères et méthodes pour des interfaces réussies
La notion d’utilisabilité a donné naissance à de nombreux référentiels :
- Les critères ergonomiques de Bastien & Scapin (compatibilité, orientation, homogénéité, flexibilité, contrôle utilisateur, gestion des erreurs, charge mentale…)
- La théorie de la Gestalt, pour structurer la page web selon les lois de la perception
- La loi de Fitts, qui anticipe le temps nécessaire pour cliquer sur un élément
Les heuristiques de Nielsen sont également souvent mobilisées pour guider l’évaluation experte.
Ergonomie mobile
Illustration : David Plunkert
L’ergonomie mobile cible l’expérience sur smartphones, tablettes, objets connectés. Que ce soit pour téléphoner, naviguer, acheter, travailler, l’usage mobile s’est généralisé. Pourtant, beaucoup d’applications sont désinstallées faute d’être agréables ou intuitives : la convivialité détermine le succès.
Les conseils valables pour le web ne suffisent pas toujours : le contexte d’utilisation et le geste tactile modifient les attentes. L’observation du comportement des usagers via des tests s’avère donc incontournable.
Pour concevoir une interface mobile adaptée, certains principes sont à retenir :
- Soigner la navigation pour éviter que l’utilisateur se perde
- Rendre évidente l’interactivité des boutons et icônes
- Renforcer l’intuitivité, car le seul outil de l’utilisateur est son doigt
- Permettre un accès rapide aux fonctions essentielles
Dans l’idéal, des tests utilisateurs sont réalisés dès les premières phases de conception.
Ergonomie logicielle
Illustration : David Plunkert
L’objectif est clair : rendre les logiciels simples, efficaces et plaisants à utiliser. L’utilisateur doit pouvoir accomplir ses tâches sans obstacle : les fonctionnalités doivent répondre à ses besoins, sans complexité inutile.
Les enjeux diffèrent selon que l’on vise le grand public ou les professionnels. Trop souvent, les applications métier souffrent d’un manque d’ergonomie, ce qui coûte du temps et de l’énergie à toute l’organisation.
Pour aller plus loin :
- Application métier : que se passe-t-il si elle offre une expérience utilisateur remarquable ?
- Expérience employé : créer un environnement engageant
- Pourquoi miser sur l’expérience utilisateur dans vos outils métier ?
- Optimiser l’UX d’une application métier : un bénéfice direct pour les équipes
L’audit ergonomique, réalisé dès la phase de conception, permet de vérifier que les critères d’utilisabilité sont bien respectés. Impliquer l’utilisateur dès le départ, c’est garantir un retour sur investissement. Un logiciel conçu sans cette attention risque d’être délaissé ou détourné.
Quelles compétences pour un UX Designer dans ce domaine ?
L’ergonome se distingue par sa maîtrise des sciences humaines, sociales et cognitives. Cela lui permet de comprendre les besoins réels et d’impliquer les utilisateurs dans la démarche. Son approche multidisciplinaire enrichit la recherche de solutions concrètes.
L’UX Designer partage de nombreuses compétences avec l’ergonome :
- Connaissance du fonctionnement cognitif et des facteurs humains, socle de la recherche utilisateur
- Capacité à conduire des enquêtes ethnographiques, pour observer l’activité réelle sur le terrain
- Maitrise des méthodes d’enquête qualitative et quantitative
- Compréhension des usages réels et de la diversité des métiers
- Connaissance des grands principes de l’ergonomie des IHM (web, logiciel…)
Une formation en sciences humaines, ou en UX Design, permet d’acquérir ces bases et de les renforcer avec l’expérience.
Ergonome IHM : quel rôle ?
L’ergonome des interfaces homme-machine est le spécialiste de la conception d’interfaces (web, logicielles…). Chacun de nous dialogue quotidiennement avec des systèmes numériques, mais peu les maîtrisent vraiment.
Le rôle de l’ergonome IHM : permettre à chacun de s’approprier les interfaces selon ses besoins. La machine doit se plier à l’humain, pas l’inverse. Pour l’utilisateur, c’est le gage d’une expérience réussie ; pour l’entreprise, un levier de performance.
L’ergonome s’appuie sur les sciences cognitives et privilégie une approche centrée utilisateur. Il conçoit des interfaces efficaces, accessibles, intuitives. L’objectif : satisfaire les attentes des différents profils (clients, employés, consommateurs) et renforcer la valeur des produits numériques.
L’ergonomie de l’IHM prend en compte le profil utilisateur, les normes et les meilleures techniques pour concevoir des interfaces adaptées. Avec la profusion des solutions numériques, la qualité de l’interaction devient décisive : il s’agit de construire une expérience utilisateur à la hauteur des enjeux.
Ergonomie et UX : quelles différences ?
Si l’ergonomie et l’UX partagent des objectifs similaires et des méthodes proches, leurs racines diffèrent. Dans le numérique, le terme UX Designer tend à s’imposer, sans que l’ergonomie disparaisse pour autant.
Les ergonomes interviennent aussi bien sur des interfaces web, des jeux vidéo, des applications. L’expérience utilisateur, dans sa réussite, dépend de l’ergonomie :
- Des fonctionnalités utiles, pensées pour les besoins réels
- Une interface facile à prendre en main
- Un design agréable, qui donne envie d’utiliser l’outil
- Une navigation claire, accessible, intuitive
- Une crédibilité conforme à l’image de la marque
La démarche UX se veut centrée sur l’utilisateur ; l’approche ergonomique reste anthropocentrée, attentive à la diversité des usages et des contextes.
Dans les deux cas, on retrouve cette volonté de :
- Anticiper les besoins pour concevoir des services ajustés
- Mobiliser des connaissances en sciences humaines
- Utiliser des outils pour observer, analyser, comprendre les usages
- Travailler en équipe, croiser les expertises
- Proposer des améliorations réellement efficaces
- Contribuer à la performance de l’organisation
L’évolution de l’ergonomie suit celle des technologies, comme le montrent Bastien et Brangier dans le diagramme ci-dessous :
Évolution de l’ergonomie et diffusion des technologies, Bastien & Brangier
On le voit, l’ergonomie ne se limite plus au monde professionnel ; l’UX s’invite aussi dans les outils de travail. La principale distinction entre ergonomes et UX Designers tient à la formation de chacun, mais sur le terrain, les frontières s’estompent. L’essentiel : offrir des expériences adaptées, utiles et performantes, quelle que soit l’appellation du métier.
Ce que l’ergonomie nous apprend aujourd’hui
De l’adaptation de l’homme au travail à l’adaptation du travail à l’homme : le chemin parcouru par l’ergonomie est immense. Elle ne se limite plus au monde du travail : loisirs, consommation, vie quotidienne, tout y passe. Discipline en mouvement, elle suit, et parfois précède, les évolutions des usages. Aujourd’hui, l’ergonome s’invite dans la conception des outils numériques, des interfaces, des expériences. L’UX et l’ergonomie s’entrelacent, guidées par la même ambition : comprendre, diagnostiquer, transformer, pour que la technologie ne soit jamais un frein, toujours un appui. Demain, la discipline continuera de se réinventer, à mesure que nos façons de vivre et de travailler se transforment.
Bibliographie
UX Design et ergonomie des interfaces
Jean-François Nogier, Jules Leclerc, 6e édition, Dunod
Concevoir des interfaces ergonomiques. Les défis de la conception, l’ergonomie des sites web, des intranets, des appareils mobiles. Organiser l’information et l’interaction, concevoir la page d’accueil, construire la navigation, créer l’interaction, gérer les temps de réponse, accompagner l’utilisateur (langue, gestion des erreurs), présenter les informations (couleurs, icônes, textes), méthodes pour la conception, évaluation ergonomique…
Critères ergonomiques Bastien et Scapin
Les critères ergonomiques servent à mesurer la qualité d’une interface : ils permettent de repérer les problèmes lors de l’évaluation experte, avant de passer aux tests utilisateurs.
L’ergonomie, Françoise Darses & Maurice de Montmollin (Éditions La Découverte)
L’ergonomie ne se limite pas à un argument marketing sur la facilité d’usage : elle s’impose aux organisations pour prévenir les risques, accompagner l’informatisation, transformer les processus. Ce livre détaille concepts, méthodes, courants et domaines d’intervention, avec de nombreux exemples concrets.
Ergonomie, Pierre Falzon (PUF)
L’ergonomie a cinquante ans. Son domaine dépasse de loin l’adaptation physique des objets : elle intervient dans le design, l’industrie, la santé, les services, en s’appuyant sur des concepts et des méthodes éprouvés. Ce traité, à la fois panorama et recueil de bonnes pratiques, s’adresse à tous ceux qui souhaitent comprendre ou pratiquer l’ergonomie.
Ergonomie Web : pour des sites efficaces, Amélie Boucher (Eyrolles)
Créer un site qui séduit et convainc, cela s’apprend : conseils pratiques, méthodes, exemples renouvelés pour coller à l’évolution du web. Un guide devenu référence pour appliquer l’ergonomie web sur le terrain.
Pour qui ?
- Concepteurs web, ergonomes, architectes de l’information, designers
- Développeurs, webmasters, chefs de projet
- Directeurs artistiques, marketeurs, chefs de produit, responsables clients
- Toute personne souhaitant créer ou optimiser un site web
Les compétences ergonomiques, Jacques Leplat & Maurice de Montmollin (Octares)
Ce recueil clarifie la notion de compétence en ergonomie, en la situant par rapport à d’autres disciplines. Il propose une sélection de textes fondateurs, analysant les liens entre activité, compétence et erreur.
Mélanges ergonomiques : Activité, Compétence, Erreur, Jacques Leplat (Octares)
Activité, compétence, erreur : trois concepts indissociables de l’ergonomie. Ce livre les explore sous différents angles, illustrant leur place dans l’analyse du travail et la formation.
Traité d’ergonomie, Pierre Cazamian, François Hubault, Monique Noulin (dir.), Toulouse, 1996
Ouvrage collectif de référence, fruit de l’enseignement de l’ergonomie à l’Université Paris I. Un panorama complet des concepts, méthodes et applications.
L’ergonomie, Alain Lancry (PUF, « Que sais-je ? », 5e éd.)
La transformation du travail a remodelé notre rapport à l’activité : l’ergonomie contemporaine s’intéresse aux situations concrètes, croisant efficacité et bien-être, pour renouveler les formes d’organisation.
Le travail humain, Éric Brangier & Jean-Marc Robert (PUF)
Reconnaître l’ergonomie prospective comme une nouvelle modalité d’intervention pour façonner l’avenir : ce livre met l’accent sur l’anticipation des besoins humains dans la conception des produits et services de demain.
Lisez aussi :
- Qu’est-ce que l’ergonomie informatique ?
- Interview : Qu’est-ce que l’informatique ergonomique ?
- 3 conseils ergonomiques pour la gestion de la conception d’applications
- Quels sont les critères ergonomiques de Bastien et Scapin ?
- Qu’est-ce que la science cognitive ?
- Qu’est-ce que la psychologie cognitive ?
- Qu’est-ce que le biais cognitif ?
Nos études de cas :
- Ergonomie des logiciels professionnels
- Ergonomie Web
- Ergonomie mobile
Nos formations en Ergonomie/UX Design :
- Formation à l’ergonomie des interfaces, à la conception UX
- Formation en ergonomie IHM
- Formation ergonomique web et e-commerce
- Formation ergonomique mobile et tactile


















