Interview : Kerria Noir

ITVkerria[1]

Issu de la tiède scène rock métal ariégeoise, Kerria Noir vient de sortir son premier album.
Rencontre avec un groupe qui aime avoir l’heure dans l’escalier, comme en témoignent leurs visuels.

Artistiquement, comment ça a commencé cette histoire?
Dur à dire! Ça devait sûrement être parce qu’on se faisait chier le week end! Lol! Les choses ont commencé doucement en 99. On avait vingt ans, pas de nanas, au chômage dans un département ravitaillé par les corbeaux… A cette époque, on faisait plutôt n’importe quoi, surtout du bruit pour la déconne. Nous trimballant de lieu de répet’ en lieu de répet’ dans un coin où quand tu es pris d’une quinte de toux, on t’envoie les flics pour tapage… Vraiment du délire entre potes qui ont rien de mieux à faire. Puis c’est en Janvier 2001 qu’on a décidé de faire un « vrai » groupe. Et à partir de là les choses ont évoluées petits à petit. Y’avait aussi bien sûr l’amour de la musique, le fait de faire ses propres compos (les reprises ne nous ont jamais intéressées), la sensation de faire partie d’un truc collectif… Le côté « d’la coke et des putes » ce côté cliché du Rock en fait, n’est arrivé que plus tard… quand on s’est rendu compte qu’on avait tous une nana et un taff et qu’en fait, pour nous, cet aspect là, ben c’était trop tard!

Ton ambition, c’est de pouvoir vivre de ta musique ou ça reste un loisir?
Non. Bien sûr on aimerait pouvoir vivre de notre musique mais sur ce point là, on a les pieds sur terre. On sait très bien que pour la musique que l’on fait et à notre niveau, c’est totalement impossible. On est en France! Donc, aucun espoir ni aucune attente ou perspective de ce côté là. Par contre c’est pas qu’on ne voudrait pas, c’est juste qu’on sait que c’est pas possible. Alors on ne se berce pas d’illusion. Mais si demain on nous en donnait la possibilité ben on le ferait bien sûr, comme la plupart des groupes.

Quelle est selon toi votre pus grande réussite aujourd’hui?
Y’en a 2 : La première c’est d’avoir tenu aussi longtemps avec le créneau musical dans lequel on évolue et (surtout) dans un endroit comme le notre où il n’y a aucune facilité pour jouer et se faire un minimum reconnaître. On connait tous plein de petits groupes comme nous qui ont joué 2, 3 ou 4 ans et qui ont splitté. Dans 1 an et 9 mois, Kerria soufflera ses 10 bougies. Et on espère bien qu’on continuera encore quelques années.
La deuxième c’est bien sûr cet album qui sort le 4 Mai. Il nous a fallu passer par dessus un tas d’emmerdes assez balaises pour le voir sortir… et on y est arrivé!
On a quand même dû l’enregistrer 3 fois!
La première avec un gars trop branleur pour bien bosser. En 1 an les prises n’étaient toujours pas finies et le mix s’annonçait trop éprouvant pour nos nerfs… On a dégagé le gugus et on est parti tout recommencer à zéro dans un autre studio qui s’est fait cambriolé au moment où on finissait les prises. Les gars qui ont fait le coup ont tout pris y compris les disques durs externes sur lesquels étaient nos prises. On est donc allé tout rerecommencer dans un troisième studio: « La quadrature du cercle » à St Ybar, chez nous en Ariège avec Mr Plume. Un gars exceptionnel autant dans le boulot qu’au plan humain. On a énormément apprit à son contact et il nous a sorti un truc qu’on n’aurait jamais espéré avoir un jour. Merci à lui.

Et l’aboutissement pour vous ce serait quoi?
De n’avoir aucun regrets. Que le Jour où Kerria s’arrête, on puisse se dire qu’on a vécu tout ce qu’on avait à vivre avec ce groupe. Qu’on ne pouvait pas faire plus. Qu’on aie la sensation d’avoir vécu l’histoire à fond, d’avoir poussé le truc au maximum de ce qu’il était possible de faire.

Tu es plutôt support physique ou distribution numérique?
Pour nous même, dans notre vie, on préfère largement le support physique. Le côté « objet physique» d’un album est très important pour nous. La jaquette, pochette, le gigipack, le livret… tout ça fait partie de l’univers des artistes que tu vas écouter. C’est déjà commencer à écouter la zique que de prendre le temps de regarder le visuel qu’un groupe à choisi pour son skeud. Tu fais déjà connaissance avec l’univers du groupe quand tu as le truc dans les pognes. Et puis on a un petit côté collectionneur aussi sûrement!
Concernant Kerria et la diffusion de notre zique, on s’en fou royalement. Les gens font comme ils veulent.

C’est quoi votre astuce pour tenter d’attirer du monde à vos concerts?
Ben hormi les classiques: affiches, flyers, internet etc… rien de particulier. D’ailleurs, le jour où les groupes seront obligé de systématiquement penser à autre chose pour attirer des gens, c’est que le monde ira très mal (tu me diras, c’est déjà le cas…). C’est vrai que c’est dur d’arriver à attirer du monde dans les concerts et que “la salle vide”, tous les groupes l’ont connu ou la connaissent un jour (enfin, nous en tout cas on l’a connu!! lol!). Au final, est ce que c’est si grave que ça? Ben on pense pas. C’est sûr que tous les groupes préfèrent jouer devant une salle pleine et que quand tu te tappes des centaines de bornes pour jouer devant 10 personnes, t’as les boules… mais en même temps c’est bon pour la gueule! Au moins, ça te permet de voir si t’as vraiment envie de faire ça et puis accessoirement, c’est aussi surement le meilleur antidote contre la prise de casque!

Vous avez des partenaires? un endorsement?
Et non! Pas d’endorsement… et c’est bien dommage parce que quand tu voies le fric qu’on passe en Jack, cordes, baguettes, lampes d’amplis etc…  si on pouvait s’éviter ces dépenses là, on pourrait réserver 15 jours de studios tout frais compris pour le prochain album!
En terme de partenaires, on a signé en Mars avec les labels Nightley et Muzikom. Pour la diffusion de l’album, ça va nous alléger énormément en matière de boulot à fournir.

C’est quoi votre petit truc en plus?
Faudrait déjà qu’on soit sûr d’avoir quelque chose en plus! Techniquement parlant, le fait d’avoir 3 guitares peut éventuellement être considéré comme un plus… encore qu’on est loin d’être le seul groupe à 3 guitares… sinon je vois pas.
Peut être la chevelure blonde de Bertrand? Non, sérieusement je saurai pas te dire. Il faudrait demander à quelqu’un d’extérieur au groupe.

Est ce que Artiste c’est un vrai métier?
Pour nous bien sûr! On pense même que c’est même un métier essentiel à la bonne santé du monde. Malheureusement on n’est pas des « décideurs » et il semblerait que pour ceux qui « décident » ça n’en soit pas vraiment un.

Quel est ton point de vue sur le téléchargement pirate?
Un problème insolvable doublé d’une gigantesque hypocrisie. Sincèrement on n’est pas très au point sur le sujet (tu sais en Ariège, y’a encore des coins où la connexion est en 56K… quand tu peux te connecter!) mais pour nous on voie les choses sous 3 angles:
L’angle des petits groupes comme nous: C’est carrément bien car tu peux être diffusé partout. Et pour un groupe comme le notre, qu’est ce qui est le plus important? Ben c’est de faire son trou artistiquement. Tu n’en es pas à penser à vivre de tes ventes de skeuds. Tu penses à jouer et à ce que les gens connaissent ton nom et ta zique. Alors que des mecs téléchargent nos titres en pirate… on trouverait ça plutôt flatteur. Et cette façon de voir est partagée par beaucoup de groupes.

Ensuite, y’a les groupes et artistes qui ont déjà un pieds voire les deux dans l’aspect professionnel du délire. Pour eux ça fait mal. Parce que quand tu as des mecs qui ont eu le cran de tout planter pour ne faire QUE ça, la différence entre 2000 skeuds vendus ou téléchargés, ben elle peut faire mal. Et malheureusement qui sont les plus téléchargés? Ce sont eux. Ce sont pas les petits comme nous qui ne sont pas assez connus. Ce sont pas les gros qui ont un public acquis et qui (s’ils sont trop téléchargés) n’ont qu’à aller gueuler « optic 2000 » dans une pub ou faire une tournée des stades pour faire rentrer l’oseille. Non, ceux qui sont le plus téléchargés, ce sont ces groupes dont on parle dans les lycées de France et de Navarre, qui sont en pleine évolution dans leur carrière et qui ont « malheureusement » besoin de vendre aussi du skeud pour manger jusqu’à la fin du mois.

Pour les “gros” comme je te disais, faire fuir un loup en regardant au travers une paire de binocle doit bien payer et puis de toute façon, on pense pas que ce soit avec les ventes de disques qu’un groupe fasse le plus de blé. Quand aux maisons de disques, elles ont qu’à arrêter de prendre les gens pour des cons et de mettre en vente des skeuds à 25 Euros. Ce qui est dommage c’est que leur perte se répercutent sur les artistes et notamment ceux de la “catégorie du milieu”.

Bref, y’a des lois qui ont été voté ou qui vont l’être… est ce que ça changera quelque chose? On pense pas (à part pour les 2 ou 3 pauvres gus qui se feront chopper et qui serviront d’exemple), enfin, on verra bien.

Voila grosso modo notre point de vue. Enfin, très rapidement résumé. Et puis entre les choses qu’on ignore et celles qu’on oublie, c’est assez dur de te dresser un avis très pointu, surtout par interview écrite.

Tu es plutôt MySpace ou Facebook?
Myspace

Chaque groupe à une phrase récurrente? C’est quoi la votre?
Ben voilà le petit plus qui est en fait un petit moins: on n’a pas de phrase récurrente

Qu’est ce que tu écoute en ce moment?
C’est assez varié ce qui passe entre nos oreilles, en ce moment comme depuis très longtemps.
Comme ça en vrac et sans trop rentrer dans les détails: Le dernier Metallica, le dernier Guns N Roses, beaucoup d’Electro, Cavalera Concpiracy, Psykup, Gojira, 10 Rue d’la madeleine,  énormément de groupes locaux de Midi Pyrénées… et puis les grands classiques qu’on n’arrive pas à lâcher: Pantera, Brassens, the Cure, Police, Sex Pistols, de la musique classique aussi pas mal, de la musique traditionnelle indienne, juive, celtique, orientale…

Ta prochaine actu, c’est quoi?
Ben surtout la sortie de l’album le 4 Mai avec un concert chez nous pour la présentation du skeud en avant première le 2 Mai à Art’cade qui est la SMAC d’Ariège. Un lieu culturel qui (comme la plupart des lieux alternatifs) est essentiel pour les artistes et la culture et superflu (voire inutile et dérangeant) pour beaucoup d’autres personnes…

Si il fallait se quitter sur un de tes morceaux, ce serait lequel?

On va dire « Parcelles d’incertitudes quotidiennes ». C’est bien pour se dire au revoir. C’est le morceau « posé » de l’album. En gros, ça parle du fait que rien n’est jamais acquit, qu’on ne peut jamais être sûr de quoi que ce soit et que trop souvent on oublie que les choses peuvent basculer sur un claquement de doigt. Qu’il faut quand même penser à l’avenir tout en se disant que cet avenir pourrait très bien n’avoir jamais lieu.
Merci pour cette interview.

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1 Comment

  1. [...] sur scène, Ensiz et Kerria Noir pour le rock, Crashlanding pour le pop-punk et Cellscape pour clôturer le festival avec leur [...]

    Posted by Festival « Amplaing dans ta face»  on 24 juin 09 at 3:01 [Reply]

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