1450 milliards de dollars. C’est le montant colossal qui s’est échangé sur le marché mondial des fusions et acquisitions au premier semestre 2024, selon LSEG. Derrière ce chiffre, une réalité : la remontée des taux d’intérêt n’a pas brisé l’ambition des grands groupes. Si 2023 avait ralenti la cadence, des signaux nets de reprise se dessinent depuis le printemps. Les fonds activistes reprennent position, les valorisations se tassent, et l’appétit pour les opérations stratégiques revient dans le viseur des directions générales.
Dans le secteur technologique et la santé, les discussions exploratoires reprennent de la vigueur. L’Asie en profite pour afficher une croissance marquée des volumes annoncés, contrastant avec la prudence qui domine encore en Europe. Les stratégies d’arbitrage se diversifient, chaque région cherchant à tirer son épingle du jeu sur un échiquier mondial mouvant.
Où en est le marché mondial des fusions et acquisitions à l’aube de 2025 ?
Le marché mondial des fusions et acquisitions rattrape lentement son souffle après une année 2023 en demi-teinte. Selon les chiffres publiés par LSEG (London Stock Exchange Group), la valeur totale des transactions frôle les 1 300 milliards de dollars sur le premier semestre 2024. Une progression modérée, certes, mais qui reste en retrait par rapport au pic effervescent observé juste après la pandémie. Les grands noms de la banque d’affaires, de BNP Paribas à Morgan Stanley, renouent avec des opérations, tout en gardant la tête froide face à un environnement encore incertain.
Le redémarrage des transactions ne suit pas une trajectoire linéaire. Les États-Unis continuent de jouer les locomotives, alors que l’Europe avance avec retenue, freinée par des interrogations économiques et des valorisations jugées parfois excessives. La France tire quant à elle son épingle du jeu, portée par des opérations stratégiques dans la santé et la transition énergétique qui attirent les regards.
Pour mieux comprendre les dynamiques sectorielles, voici les tendances qui se dessinent :
- Le secteur technologique, stimulé par l’intelligence artificielle et les logiciels, attire une part croissante des capitaux.
- La santé et la transition énergétique suscitent un regain d’intérêt, notamment chez les investisseurs institutionnels.
Les données de PwC confirment cette reprise en ordre dispersé. Les opérations de taille moyenne dominent, reléguant les méga-acquisitions au second plan. Les analystes surveillent maintenant le second semestre, guettant le moment où la machine M&A pourrait vraiment s’emballer, ou marquer le pas.
Tendances récentes : signaux de reprise ou simple accalmie passagère ?
Le marché des fusions acquisitions laisse entrevoir un réveil, mais l’heure reste à la prudence. Les volumes du premier semestre sont en hausse, dynamisés par quelques secteurs moteurs et des opérations qui font parler d’elles. Sur le marché français, on observe des dossiers comme Argos ou encore le rapprochement stratégique de Carrefour avec des groupes italiens, dans une dynamique de consolidation européenne. Les États-Unis maintiennent leur rythme, tandis que l’Europe cherche encore à accélérer.
Du côté des secteurs en vue, la tech continue de capter l’attention. Les éditeurs de software et les spécialistes de l’IA sont les nouveaux chouchous des investisseurs, avec, par exemple, l’acquisition de WNS par Capgemini. La santé et l’énergie confirment leur attractivité, que ce soit via la montée d’Argos chez Medline ou l’intérêt croissant pour les projets green. Les acteurs du private equity reviennent en force, profitant d’un contexte où les valorisations se sont assagies.
Certains secteurs avancent avec plus de retenue, comme en témoigne la liste suivante :
- Les services financiers et le divertissement temporisent, face à la volatilité économique et à un coût du crédit en hausse.
- Le secteur aéronautique/défense connaît une reprise sélective, à l’image des mouvements stratégiques autour de Safran.
La plupart des grandes manœuvres concernent des opérations de taille moyenne, loin des mégas-acquisitions des années d’euphorie. Les équipes M&A restent sur le qui-vive, prêtes à saisir le moindre signal qui pourrait annoncer un véritable redémarrage… ou la confirmation d’un cycle prudent.
Facteurs déterminants : ce qui pourrait façonner l’activité M&A en 2025
L’incertitude domine toujours le marché des fusions et acquisitions. Les taux d’intérêt demeurent l’indicateur clé : chaque décision de la BCE ou de la Fed sur leur politique monétaire impacte directement le coût du financement des opérations. Après deux années de resserrement, la moindre inflexion fait réagir instantanément l’ensemble de la chaîne M&A.
Les préoccupations des dirigeants évoluent, comme le révèle le dernier Global CEO Survey. La gestion des risques réglementaires et géopolitiques s’impose en priorité. Les tensions prolongées en Ukraine ou au Moyen-Orient, la menace d’un retour de Donald Trump avec, à la clé, une nouvelle donne sur les droits de douane, multiplient les zones d’incertitude. Dans ce contexte, les opérations transfrontalières sont scrutées avec une vigilance accrue.
Un autre basculement se profile : l’essor de l’intelligence artificielle et la montée en puissance des critères ESG redéfinissent la grille de lecture des investisseurs. Les entreprises qui intègrent ces dimensions voient leur valorisation mieux protégée. À l’inverse, l’absence de stratégie claire sur ces sujets peut coûter très cher. L’Europe, l’Inde, le Canada ou la Corée du Sud pourraient tirer leur épingle du jeu grâce à des arbitrages sectoriels, tandis que les États-Unis et l’Allemagne défendent leur leadership technologique. Les flux de capitaux s’ajustent, souvent au gré des annonces politiques ou de l’évolution des normes.
Opportunités à saisir et risques à anticiper pour les acteurs du secteur
Certains pans des fusions et acquisitions reprennent de la vigueur. Les fonds de private equity conservent un fort pouvoir de frappe, soutenus par des liquidités abondantes et la nécessité de placer leur capital. Leur regard se porte d’abord sur les secteurs en transformation : software, intelligence artificielle, énergie verte ou services technologiques à forte valeur ajoutée. Les PME innovantes, en France comme dans le sud de l’Europe, séduisent par leur potentiel et des valorisations plus attractives qu’ailleurs.
Face à cette recomposition, les stratégies s’affinent :
- Les investisseurs arbitrent délicatement entre croissance externe et gestion des risques.
- Les groupes industriels se concentrent sur le renforcement de leur chaîne de valeur ; les acteurs financiers, eux, privilégient la rentabilité immédiate.
- La pression réglementaire monte, notamment autour des critères ESG et du contrôle des investissements étrangers.
La volatilité des marchés et le contexte politique tendu compliquent la tâche des décideurs. L’environnement de taux plus élevés a modifié la donne : il faut désormais faire preuve de sélectivité. Certaines opérations, mises en suspens ces derniers trimestres, refont surface, mais les exigences de robustesse du modèle économique et d’intégration technologique se renforcent. Les délais s’allongent, les due diligence se densifient, et la capacité à anticiper les évolutions réglementaires devient centrale, en particulier dans les domaines du green et du software.
À l’aube de 2025, la partie est loin d’être jouée. Les lignes bougent, les acteurs s’adaptent, parfois à marche forcée. Le terrain des fusions et acquisitions ressemble à un champ de manœuvre où la patience, la clairvoyance et le sens du timing feront toute la différence. Qui saura saisir la bonne fenêtre, avant que le vent ne tourne à nouveau ?


